Gestalt-thérapie une thérapie de l’être

La Gestalt-thérapie est une psychothérapie verbale, en face à face. Elle diffère d’une cure analytique dans le sens où elle ne cherche pas à élucider des mystères, reconstituer par les mots une histoire, pour amener la personne à comprendre intellectuellement ce qui lui est arrivé et qui elle est. Elle vise à revenir au contraire au présent, car il n’est nulle part ailleurs où aller ni être.  Pour cela un recentrement est nécessaire, un retour dans le corps, comme manifestation de soi respirant, sentant et pensant. Nombre des problèmes que nous amenons en thérapie résultat d’une coupure de notre relation à notre corps. Nous continuons de mettre le corps à distance parce qu’il est source de souffrance, le lieu de l’angoisse, du délaissement et du manque. Or sans corps nous sommes sans centre, et sans centre nous devenons des morts vivants… Pour reprendre vie, il est nécessaire de reprendre corps. C’est pourquoi la Gestalt-thérapie insiste tant sur cet aspect. Un corps qui nous est le plus souvent étranger, que nous ne savons comment aborder… C’est le lieu de l’être. En Gestalt, on croit que le corps porte certes l’empreinte de nos souffrance passées, de nos traumatismes non résolus, mais il est en même temps le plus sûr chemin vers la libération de la souffrance. Le présent est souvent difficile à appréhender car nous voulons le saisir ou lui échapper en permanence. Pour être en phase avec le présent, revenir au corps, nous permet d’en faire l’expérience directe, en toute simplicité. Le corps en effet ne saurait être à deux endroits à la fois, ni dans le passé, ni dans le futur. En Gestalt, pas de plongée régressive dans le passé, le passé peut émerger, mais c’est bien dans la présent qu’elle aura une chance de boucler les situations inachevées qui ne cesse de vouloir se résoudre dans les répétitions des mêmes échecs et aboutissements non nourrissants. Quand on convoque le passé, c’est pour le mesurer à l’aune de qui je suis. La question n’est pas de savoir ce que le passé a fait de moi mais plutôt ce que je suis capable aujourd’hui de faire de mon passé. La question n’est pas comment me débarrasser de mes problèmes, mauvaises habitudes, faiblesses, mais plutôt comment je peux intégrer toutes les possibilités laissées à mon être, ma puissance comme ma vulnérabilité, ma sensibilité comme ma capacité à penser, mon agressivité comme ma capacité d’accueil… En Gestalt, tout passe par le corps, pensées émotions, sensations, c’est dans le corps qu’émerge mon être au monde, c’est mon corps-pensant, mon corps-agissant, uni que je développe mes projets et vais explorer le monde…  en Gestalt on ne croit pas à l’existence d’un Moi qu’il faudrait révéler dans le secret d’un inconscient. Le Moi est le plus souvent une construction qui empêche un vrai déploiement de mon être au monde. Dans d’autres approches on appelle ce Moi l’ego. En Gestalt, la thérapie consiste le plus souvent à se désidentifier ce toutes ses indentifications introjectées qui nous ont solidifié au fil du temps, de notre éducation, des épreuves que nous avons traversées… Les On, les Il fadurait que, Il suffit de… tout ces faux Je qui ne sont pas l’expression du mouvement profond de notre être, mais plutôt ce qui fige ce mouvement comme de la glace. Faire émerge un vrai Je qui soit vraiment le sujet du verbe action en cours, est l’expression d’un mouvement de l’être, venant de la source de vie en soi,  et qui ne cesse d’aller vers sa propre révélation, à mesure qu’il entre en contact avec le monde autour… Le verbe être en gestalt ne traduit pas un état fixe, mais une dynamique, une action. Je suis en tant que je me déploie et déploie encore et ne cesse encore de me déployer dans l’espace…

Il est vrai que ce Je est obscurci, encombré, comme un jardin délaissé qui aurait été gagné de ronces et de mauvaises herbes parasites qui exercent leur emprise sur le paysage, traumatismes non assimilés, des émotions enkystées, pensées et jugements toxiques. La Gestalt est conçue pour aider la personne à clarifier son propre paysage, désenclaver, libérer, ce qui est là à l’état souvent de potentiel, étouffé par des injonctions de réussir, de s’adapter, de grandir, qui ont entravé son élan à s’élever, s’ouvrir, rayonner, se déployer… comme des arbres qu’ont aurait empêché de se développer… La Gestalt-thérapie a pour but de soutenir la personne dans sa croissance, la soutenir dans ses élans, dans l’ici et maintenant, pour débusquer toute les entraves, interruptions qui empêche la personne à mener à leur terme les expériences qu’elle initient dans l’environnement, pour s’en enrichir mais aussi pour qu’elle enrichisse le monde de tout ce qu’elle porte en germe, sa vie comme une œuvre à accomplir, sa terre à cultiver, jardin à faire fructifier.

Sur ce chemin de soi vers soi, la relation avec le thérapeute est primordial. Un thérapeute qui est lui-même en chemin, un peu plus avancé, un peu plus lucide, il n’est expert que de lui-même. Certes il a appris à théoriser, penser mais il est avant tout présence agissante. Le Gestalt-thérapeute est très actif dans la relation, pour soutenir l’émergence des figures et formes à éclairer et leur donner du sens. Orientée ressources, le regard du Gestalt-thérapeute met en valeur l’expérience de la personne non pas comme un problème à résoudre, mais l’expression de son ajustement créateur, et comment la personne déploie son être au monde. On ne cherche donc pas à corriger la comportement de la personne mais plutôt à l’amener à sentir profondément comment il s’articule, pour en prendre la pleine responsabilité ce qui m’anime et comment j’interagis avec l’environnement. On amène pas la personne à sortir de ses schémas de répétitions en adoptant un nouveau comportement qui serait jugé plus sain, mais bien à épuiser l’ancien comportement pour l’intégrer pleinement et faire le choix de le poursuivre ou de l’abandonner… Pour la Gestalt-thérapie le changement n’est pas un processus de normalisation mais bel et bien l’expression du choix, de l’engagement, de la différenciation, de la liberté, qui fait que la personne advient à elle-même.

Le chemin de devenir pleinement soi est un complexe et exigeant. Un voyage qui demande un engagement personnel fort, du courage, de la discipline et de la persévérance. C’est un chemin aventureux.
Mais c’est aussi un chemin stimulant, intense, riche, profond, passionnant, réparateur, transformateur